L'épopée des Bastides...

Bastide, ques'aco ?

Vue aérienne Bastide de Monflanquin
Bastide de Monflanquin

   Ethymologiquement, le mot "bastida" (bastit, bastia) possède, à l'origine, un sens très large : "construction récente ou en cours, de quelque importance". 
- Dans le Sud-Ouest, le terme de "Bastide" prend dès le XIIIème  siècle le sens de "ville neuve", peuplement nouveau ("nova bastida", "nova populatio"). 
- En Provence, le mot connaît une autre signification, récemment vulgarisée, en désignant des "demeures campagnardes, complément des hôtels urbains. Résidences secondaires, au centre d'une exploitation agricole de rapport". Ces "Bastides provençales" apparues au XVIème siècle ont vu leur plein épanouissement aux XVIIème et XVIIIème siècles. 

Les bastides dans le sud-ouest
Les Bastides du Sud-Ouest

   Le phénomène s'étend également en Europe et touche également des pays comme la Slovaquie, la Silésie, la Prusse, la Poméranie, le Mecklembourg, la Lombardie, la Toscane, le Piémont, la Suisse, la Navarre, le Pays de Galles.

Le mouvement des Bastides

Alphonse de Poitiers
Alphonse de Poitiers

   Pendant environ 150 ans seront fondées successivement dans tout le Sud-Ouest :

les Bastides comtales, à l'initiative de Raymond VII, comte de Toulouse; les Bastides alphonsines, du nom d'Alphonse de Poitiers; les Bastides royales, c'est à dire créées par les Rois Capétiens et Plantagenêts.

 

 

Concernant la Bastide de Monflanquin, elle a été créée par Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, dit Saint Louis, en 1256.

 

La rivalité Capétiens - Plantagenêts en Agenais : 

   Pendant trois siècles (de 1152 à 1453), la lutte d'influence entre les monarchies capétienne et plantagenêt marque profondémment l'histoire du Sud-Ouest. La fondation des Bastides constitue pour ces deux royautés un moyen d'action politique, économique, parfois militaire.

A cette époque, le Haut-Agenais est une zone frontalière, objet de querelles répétées qui ne cesse de passer d'un camp à l'autre.

Les implantations de Bastides françaises (comme MonflanquinVilleréal, CastillonnèsVilleneuve sur Lot, ou encore Domme) et anglaises (comme Monpazier, Lalinde ou Vianne) servent à y affirmer la souveraineté de chaque camp et à installer un maillage de centres administratifs et agricoles sur le territoire. Cependant, l'alternance entre les souverainetés n'apporte guère de modifications dans la vie quotidienne des Bastides.

Pour les habitants, rien ne change, ou presque, en ce qui concerne l'administration ou les avantages acquis.

 

Les fondateurs des Bastides : 

   Après la défaite des comtes de Toulouse lors de la croisade contre les Albigeois, Raymond VII entreprend dès 1222 de reloger ses sujets dans des villes neuves, devenant ainsi le véritable initiateur du phénomène avec la création d'une quarantaine de Bastides, concentrées entre Albi et Toulouse.

A la fois comte de Toulouse et représentant de l'autorité capétienne, Alphonse de Poitiers crée de 1249 à 1271 près de 50 Bastides, essentiellement dans l'Agenais au nord, et aux frontières du comté de Foix au sud.

Concernant les Bastides dites royales, les fondations capétiennes sont éparpillées en Gascogne, tandis que les Bastides plantagenêts dessinent un croissant du Bordelais au Pays Basque.

Fondation et vie quotidienne

iconographie : surveillance des poids et mesure
Surveillance des poids et mesures

La création des Bastides réunit plusieurs intérêts   

   L'autorité fondatrice y voit une ville administrative, fiscale et judiciaire, qui lui permet de tenir une partie de son territoire; les habitants reçoivent des libertés et y gagnent en sécurité; les propriétaires des terres espèrent une meilleure rentabilité de leurs possessions.

Le mode de fondation : quand le fondateur, comte ou roi possède les terres, il crée la Bastide sans acte de fondation. Sinon, il peut les acquérir ou encore établir un contrat de paréage. Dans tous ces cas, il procède à une enquête détaillée visant à déterminer la valeur de la terre et les droits éventuels détenus par d'autres seigneurs. Certaines Bastides englobent des agglomérations préexistentes. D'autres sont créées "a novo" sur des terres inhabitées. Dans ce cas, on donne à la nouvelle ville une forme régulière, parfois celle d'un véritable damier s'ordonnant autour de la place publique dédiée au commerce. La Bastide est ainsi plus facile à tracer et à administrer.

Chaque famille qui s'installe est uniformément dotée de parcelles, réparties entre les trois zones concentriques qui forment la Bastide : un emplacement à bâtir, l'ayral; un jardin parfois attenant, le cazal; des terres à défricher pour y planter céréales et vignes, les arpents.

 

Vie quotidienne :

   Dans les Bastides, les conditions d'exitence sont dures, comme dans tout le Sud-Ouest médiéval.

Mais la stabilité sociale permet l'émergence d'une petite bourgeoisie composé d'agriculteurs enrichis, d'artisans et de commerçants.

La Charte des Coutumes, contrat juridique établi au nom du seigneur fondateur, organise la vie de la communauté en délimitant les droits et devoirs de chacun, sous 4 grands principes : le statut juridique de l'individu, l'administration de la communauté, la justice, les privilèges économiques.

iconographie : L'adultère et sa punition
L'adultère et sa punition

Organisation urbaine et traits architecturaux

Plan de Monflanquin
Plan de Monflanquin

La création d'une Bastide obéit à des règles géométriques : 

   Le tracé du parcellaire est encore aujourd'hui la marque la plus originale des Bastides. La ville neuve possède souvent une forme régulière : les rues sont rectilignes, se coupent à angle droit et délimitent des ilots rectangulaires aux parcelles étroites et allongées, la place publique a une valeur monumentale. Elles est encadrée par des couverts aux arcades variées. Lieu d'échanges commerciaux, elle perpétue aujourd'hui ses fonctions économiques: foires et marchés continuent de faire battre le coeur des villes ! 

Parmis les 350 Bastides, il n'existe pas deux plans identiques.

 

   Le plan peut être dicté par la topographie : bastides de hauteur (comme Monflanquin), bastides de rivière (comme Villeneuve sur Lot, Villefranche de Rouergue). D'autres révèlent des tracés symétriques plus ou moins regroupés en modèles régionaux : aquitain (Monpazier), quercinois (Caylus), gimontois (Gimont) et gascon (Mirande).

Le modèle aquitain est le plus nettement défini et le plus élaboré : hiérarchisation des rues, réseau de ruelles, ilots denses, église dans l'angle de la place. Toutes les Bastides du Périgord-Agenais se rattachent à ce modèle.

Les traits architecturaux : 

   Les maisons médiévales des Bastides s'ordonnent en une belle régularité le long des rues rectilignes. Elles ne diffèrent guère des constructions de l'époque dans le Sud-Ouest de la France : elles ont été réalisées avec les mêmes matériaux et selon les mêmes techniques ( pierre, bois, torchis...).

Dans ces villes neuves, les édifices communautaires  sont principalement la halle où se tient le marché, l'église, indissociable du paysage médiéval et les fortifications édifiées au fur et à mesure que s'accroît l'insécurité.

 

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Plus d'informations sur les Bastides 

Bibliographie

Patrimoine de Monflanquin

(sites internet de G. Odo, historien)

 

Centre d'Etudes des Bastides